Brèves

Intervention Alain Gaillard - Assemblée Nationale

Table Ronde – Assemblée Nationale
Mercredi 17 Octobre 2018

Intervention : Alain Gaillard – Président de TECH XV
Temps de paroles : 5 minutes

Sujet : Rugby de demain : affrontement ou évitement ?

L’intitulé, « Rugby de demain : affrontement ou évitement ? » pose la question du jeu de rugby à l’horizon 2030, autrement dit : quel jeu voulons-nous pratiquer à l’avenir ?

Si l’on apporte une réponse claire à cette question essentielle, il devient alors incontournable de s’intéresser à ceux qui le pratiqueront : quel joueur devons-nous donc former, dès maintenant, pour réaliser ce jeu ?
D’où la réflexion à engager : quelle formation pour le joueur de demain afin qu’il soit en capacité de pratiquer le jeu voulu ? … sans omettre ceux qui la dispenseront : quelle formation également pour le formateur, c’est-à-dire l’éducateur, l’entraîneur ?

Dans ce OU de l ‘intitulé qui se veut exclusif de l’une des deux formes constitutives de ce jeu, nous pouvons voir comme une provocation afin de susciter le débat.
En effet, le rugby de tout temps s’est nourri de l’alternance affrontement-évitement, essence même de ce sport. Le rugby est affrontement ET évitement.

Mais ce OU fait aussi inéluctablement référence aux grandes problématiques du rugby moderne, à la tendance observée de la suprématie de l’affrontement sur l’évitement et à ses conséquences, dommageables pour l’intégrité physique des joueurs sujets à de multiples blessures, à l’augmentation inquiétante des commotions cérébrales, et donc hautement préjudiciables à l’image et à l’attractivité de notre sport.

Ce OU, enfin, sous-entend la crainte d’une évolution où, demain, l’évitement ne soit plus qu’une partie mineure du jeu de rugby, voire disparaisse à terme, laissant la place au « tout-affrontement », ce qui ne pourrait qu’accroître la mise en danger de ses pratiquants tout en le dénaturant profondément.

Si nous voulons éviter cette dérive, il est indispensable de se pencher sur la formation technico-tactique du joueur dès son plus jeune âge, sa gestuelle et sa lecture du jeu, l’art d’aller jouer là où c’est le plus facile, celui de la recherche et de la perception des espaces libres.

La FFR, avec l’aide de la DTN, a entrepris la refonte de la formation du joueur à l’école de rugby avec des mesures qui nous paraissent aller dans le bon sens, prônant le retour à des formes de jeu où l’évitement prend toute sa place, en toute sécurité pour l’enfant, ainsi qu’une volonté affichée d’améliorer la qualité de la formation des éducateurs sans laquelle rien ne sera possible.

Cependant, cette refonte de la formation à l’école de rugby ne pourra donner sa pleine mesure que si elle est suivie des mêmes efforts au niveau de la préformation et de la post-formation.

Ceci implique un plus grand investissement de la part des clubs, en termes de structures, de formation et de reconnaissance des encadrements, tant au niveau de l’école de rugby que tout au long de la chaîne de formation.

Avec comme principe essentiel, susceptible de générer une efficacité maximale : la DTN, par l’intermédiaire de ses cadres techniques, forme les éducateurs et les entraîneurs, les éducateurs et les entraîneurs forment les joueurs dans les clubs.

Pour autant, cette nécessaire volonté de construire un rugby où l’évitement aura toute sa place, joué dans la plus grande sécurité par des joueurs en capacité de le réaliser grâce à une formation adaptée de qualité, ne sera pas suffisante si, concomitamment, d’autres paramètres ne l’accompagnent pas :

  • L’action du législateur, World Rugby qui doit se montrer constamment réactif, adapter et faire évoluer la règle en fonction de la constante activité créatrice du joueur et du technicien, veiller à l’esprit et à la qualité de son application.
  • L’action du médical, en concertation avec les joueurs, les techniciens, et le législateur World Rugby.
  • L’action des instances organisatrices des compétitions, qui se doivent d’atténuer la trop grande pression du résultat et d’améliorer le jeu produit par des compétitions, des calendriers et des règlements appropriés incitant les techniciens à privilégier des stratégies et tactiques non réductrices favorisant l’évitement, tout en permettant aux joueurs de mieux se préparer et de mieux récupérer.
  • L’action du politique enfin, car vive est notre inquiétude face aux rumeurs persistantes faisant état de la possible remise en cause de la profession règlementée d’Éducateur Sportif, déréglementation qui aurait selon nous des effets dévastateurs, notamment pour la formation.

En conclusion, c’est par la prise de conscience et l’action volontariste et concertée de tous que le rugby de demain conservera toutes ses spécificités et par là-même son identité et son attractivité.