Paroles aux acteurs

Séminaire IFER à Bourges : « Ce séminaire a apporté la preuve que nous avons besoin de nous rencontrer » Jean Sathicq

photo Séminaire IFER à Bourges :

Les 22 et 23 juin dernier, s’est tenu dans les installations modernes du CREPS de Bourges, le séminaire de l’Institut de Formation des Entraîneurs de rugby. Résolument orienté sur l’échange et le partage, les sujets furent le management, la préparation physique et l’échange technique (retrouvez le programme et la présentation ici).


Voici la réaction d’Alain Hyardet présent en tant que réfèrent et Jean Sathicq, participant et co-entraîneur de Saint-Jean de Luz.


Alain Hyardet : C’est une vraie chance pour notre profession que de pouvoir échanger en toute liberté avec d’autres entraîneurs. Contrairement aux pays de l’hémisphère sud, ce n’est pas chez nous une pratique naturelle. Comme si la démarche d’échanger revenait à se découvrir voire à se fragiliser. Selon moi c’est plutôt source d’enrichissement. En 96 en Nouvelle Zélande, je me souviens avoir longuement parlé avec Robbie Deans qui entraînait alors la province de Canterburry. Je l’ai écouté attentivement et puis soudain il me dit : « et vous que faites vous dans votre club ? » Je venais d’être nommé entraîneur de l’USAP, mais je n’osais pas, par modestie, lui dire ma façon de voir les choses. Il a insisté en m’expliquant que mon point de vue l’intéressait beaucoup. Pour les avoir beaucoup côtoyés, je sais qu’au sud les entraîneurs sont dans la recherche permanente. Il faut dire que les Provinces sont de véritables laboratoires du jeu, moins dépendantes au plan du résultat. A contrario, notre problème en France vient de ce climat concurrentiel exacerbé dans lequel évolue notre championnat. C’est un climat sclérosant qui enferme les comportements et donc le jeu. On joue pour ne pas perdre, pour ne pas descendre ! Inconsciemment on appauvrit le système. Au plan technique je me suis énormément enrichi au contact des Néo Zélandais et des treizistes Australiens. Ce séminaire, qui est une première, doit nous permettre de faire évoluer notre réflexion sur le jeu, sur la formation du joueur, sur le devenir même de notre sport.



Jean Sathicq : Je partais un peu vers l’inconnu lors de ce séminaire mais j’en suis sorti renforcé, riche de beaucoup d’enseignements. Notamment grâce à l’intervention d’un professionnel de la formation qui nous a éclairés sur le rôle du manager et de l’entraîneur au sein d’une structure professionnelle. Les échanges, au plan technique, avec Xavier Péméja et Alain Hyardet ont été passionnants car, pour nous entraîneurs de fédérale, ce sont des réfèrents. Aujourd’hui on ne parle pas assez de “jeu“ dans le rugby Français, ce qui d’ailleurs va avoir à terme des conséquences sur la formation des jeunes. Tous les intervenants dans les différentes catégories ont soulevé le problème. En fait on s’entraîne de plus en plus et on joue de moins en moins…ça devrait logiquement nous interpeller. Sans vouloir tomber dans le pessimisme, j’ai ressenti une forme d’inquiétude se dégager de ce séminaire. On pourrait la résumer avec une interrogation : quelle est la priorité en termes de formation ? Veut-on faire du joueur de rugby une machine de guerre, un homme avec des valeurs porteur d’un projet professionnel, ou simplement un joueur de rugby ? Selon Philippe Canitrot, le discours des éducateurs passent de plus en plus difficilement auprès des jeunes. Ce qui pose non seulement le problème de la relation entraîneur/entraîné mais aussi celui de la responsabilisation du jeune joueur. Ce séminaire a apporté la preuve que nous avons besoin de nous rencontrer, nous les entraîneurs, car notre rugby est à la croisée des chemins.