Paroles aux acteurs

Philippe Canitrot revient sur la problèmatique de gestion des surnombres

photo Philippe Canitrot revient sur la problèmatique de gestion des surnombres

TECH XV : Lors du dernier match du XV de France face aux Gallois, on a constaté que les surnombres n’avaient pas été bien négociés par nos trois-quarts. Comment l’expliquez- vous ?

P. Canitrot : Le constat est légitime. Je n’ai pas la prétention d’apporter les bonnes réponses mais j’ai quelques réflexions qui me viennent à l’esprit. La première est évidente : les surnombres au plus haut niveau se font de plus en plus rares. Conséquence : les joueurs ont perdu l’habitude (le réflexe) de les jouer régulièrement. Cela pourrait venir du fait que l’on se concentre essentiellement sur le duel, l’affrontement et la défense, au détriment de l’exploitation d’une situation avantageuse grâce à une lecture appropriée du jeu. Défier, avancer, conserver sont devenus les maîtres mots. Il semble que l’on ait oublié que le combat avait justement pour but de créer un déséquilibre en faveur de l’équipe attaquante. C’est peut être aussi parce qu’on a fait une fixation sur la défense, laquelle est présentée comme infranchissable. Le fameux milieu de terrain qu’il faut à tout prix perforer en jouant dans les intervalles à l’aide de passes après –contact… oubliant ainsi les extrémités.

Dans le très haut niveau, les situations de surnombre en bout de ligne sont très rares, il faut bien le reconnaître. Il ne s’en présente qu’une ou deux de manière très franche, voire parfois aucune dans un match. Conclusion, quand l’opportunité est là, il faut pouvoir la convertir.

 

TECH XV : Quels conseils donneriez-vous pour aller vers une bonne gestion des surnombres offensifs ?

P. Canitrot : En premier lieu, il faut sans cesse le travailler techniquement et tactiquement.

D’abord sur des exercices à effectif réduit où tous les joueurs, quelques soient leurs postes, vivent ce genre de situation. Ce type de travail est aussi important que la conquête, la défense… Par exemple, des situations de jeu simples à effectif réduit défavorable à la défense tels que 2 contre 1, 3 contre 2… Cette situation peut se complexifier avec l’intervention d’un défenseur en retard, qui rééquilibrera la défense au bout d’un temps donné.

Il faut aussi encourager les joueurs à prendre en compte la situation de jeu et à apprécier l’espace temps dans un contexte plus général en effectif total.

Par exemple, l’entraîneur donnera pour consigne aux défenseurs, au moyen d’un signal, d’enlever un ou plusieurs défenseurs de la ligne, permettant de créer une situation de surnombre pour les attaquants de manière inopinée. Les attaquants auront pour but d’exploiter cette situation dès qu’elle apparaît.

Mais aussi, afin de garder l’esprit du jeu, il est à mon sens important que l’entraîneur laisse finir les actions de jeu lors des exercices. Bien souvent, malheureusement, l’entraîneur arrête le jeu avant que le joueur ne marque. Car cultiver le sens de la finition est très important.